La demande de requalification de l’infraction est loin d’être anodine. En droit congolais, l’espionnage constitue un crime d’une gravité extrême, associé à des atteintes directes à la sécurité nationale et à la souveraineté du pays.
Selon la partie civile, les actes reprochés à Joseph Kabila ne relèvent pas seulement de la trahison politique ou institutionnelle, mais bien d’une collusion supposée avec des puissances étrangères, ayant conduit à des décisions contraires aux intérêts stratégiques de la RDC.
Un juriste proche du dossier explique :
« Si la Cour accepte la requalification, l’ancien président serait exposé à des sanctions beaucoup plus lourdes, non seulement judiciaires mais aussi symboliques, car l’espionnage place l’accusé dans la catégorie des ennemis de l’État. »
La somme réclamée – 24 milliards USD – représente, à elle seule, près de la moitié du budget national de la RDC pour l’année 2025. Elle est présentée comme une estimation des pertes économiques et financières causées par la gestion de l’ancien président, notamment à travers :
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des contrats miniers jugés léonins, passés avec des multinationales étrangères ;
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des manques à gagner fiscaux liés à l’exportation des minerais stratégiques ;
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des fonds publics détournés durant les 18 années de présidence de Kabila.
Pour les avocats de l’État, cette réparation doit marquer « un précédent » et rappeler que les ressources naturelles du Congo « appartiennent au peuple et ne peuvent être bradées au détriment de la nation ».
Cette affaire dépasse largement le cadre judiciaire. Elle se déroule dans un contexte de recomposition politique en RDC et d’ouverture vers de nouveaux partenariats stratégiques, notamment avec les États-Unis, l’Union européenne et la Chine.
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Sur le plan interne, la procédure fragilise encore davantage l’ancien régime kabiliste et pourrait reconfigurer l’équilibre des forces dans les provinces où l’influence de Kabila reste importante.
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Sur le plan régional, les accusations d’espionnage touchent indirectement certains pays voisins accusés, par le passé, de complicité ou d’entente avec Kinshasa sous Kabila, ce qui pourrait raviver des tensions diplomatiques.
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Sur le plan économique, les investisseurs étrangers suivent de près l’affaire, car elle soulève la question de la validité et de la légitimité de certains contrats miniers conclus sous l’ère Kabila.
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Les partisans de Kabila dénoncent un acharnement judiciaire et parlent d’une « chasse aux sorcières » orchestrée par le pouvoir actuel pour neutraliser définitivement un rival politique.
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Les partisans du gouvernement estiment au contraire qu’il s’agit d’un acte de justice réparatrice et d’un signal fort contre l’impunité des élites.
Pour une partie de la société civile, cette procédure pourrait devenir un test de la capacité du système judiciaire congolais à résister aux pressions politiques et à trancher sur des dossiers sensibles impliquant les plus hauts responsables du pays.
La Cour doit désormais statuer sur deux points :
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La recevabilité de la demande de requalification en espionnage.
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L’évaluation du montant réclamé à titre de réparation.
Quelle que soit l’issue, cette affaire restera historique : jamais un ancien président congolais n’avait été poursuivi avec une telle intensité judiciaire et exposé à des sanctions d’une ampleur financière et symbolique aussi considérable.


























































