Dans une lettre ouverte rendue publique ce mardi, des habitants se présentant comme « citoyens paisibles d’Uvira » interpellent l’opinion nationale et internationale sur la dégradation alarmante de la situation sécuritaire depuis le retrait de la force AFC-M23/Twirwaneho.
Un texte grave, rédigé sur le ton de l’urgence, qui dit l’abandon, la peur et la colère d’une population estimant être livrée à elle-même.
Les signataires décrivent un climat d’insécurité « permanente », fait d’assassinats ciblés, de viols, de pillages et d’atteintes répétées à la dignité humaine. Ils attribuent ces exactions à des éléments relevant des FARDC, à des groupes Wazalendo, aux FNDB, aux FDLR ainsi qu’aux Imbonerakure.
Selon eux, l’absence de dispositif alternatif de sécurisation après le retrait de l’AFC-M23/Twirwaneho aurait créé un vide dont profitent des acteurs armés aux loyautés diverses, dans un contexte de peur généralisée.
Au cœur de la lettre, une revendication sans ambiguïté : le « retour immédiat et sans condition » de l’AFC-M23/Twirwaneho à Uvira afin d’assurer la protection des civils et la restauration de l’ordre public. Les auteurs dénoncent « une grave violation du devoir de l’État » et appellent les autorités à « assumer pleinement leurs responsabilités » pour mettre fin à la spirale de violence.
Cette prise de position illustre la fragmentation du paysage sécuritaire dans l’Est de la RDC, où la concurrence entre forces régulières, groupes d’autodéfense et mouvements rebelles nourrit une instabilité chronique. Elle met aussi en lumière un paradoxe : une partie de la population réclame le retour d’un acteur armé dont la présence a été, ailleurs, source de controverses et d’affrontements.
Dans un environnement où la confiance dans les institutions est érodée, la quête de protection prime parfois sur les considérations politiques.
À ce stade, aucune réaction officielle n’a été rendue publique. Reste que l’appel des citoyens d’Uvira intervient alors que les mécanismes de cessez-le-feu et les initiatives diplomatiques se multiplient à l’échelle nationale et régionale.
Entre exigences de souveraineté, impératif de protection des civils et pressions internationales, la marge de manœuvre des autorités apparaît étroite.
À Uvira, cependant, le débat est moins théorique que vital. Les habitants disent vouloir, avant tout, la fin des violences et la sécurité des quartiers. Dans cette ville frontalière, stratégique et meurtrie, chaque décision militaire ou politique a des répercussions immédiates sur le quotidien des familles.
La lettre du 10 février en est le symptôme : un cri d’alarme lancé depuis une cité qui refuse de s’habituer à l’insécurité, mais qui doute de plus en plus de la capacité des acteurs en présence à lui garantir la paix.































































