Tel est le principal message délivré lundi lors d’une conférence scientifique organisée à l’Université Évangélique en Afrique (UEA), à Bukavu, consacrée aux conséquences économiques et sociales des épidémies.
Réunis à l’initiative du Cercle de Recherche des Étudiants en Gestion et Économie (CREGE), enseignants, chercheurs, étudiants et professionnels de la santé ont examiné les multiples effets d’Ebola sur les moyens de subsistance des populations, au moment où la République démocratique du Congo demeure confrontée au risque récurrent de résurgence de cette maladie.
Intervenant devant un auditoire attentif, le professeur Cadeau Rushigira, économiste, a soutenu que les conséquences d’Ebola dépassent largement le cadre sanitaire.
« La maladie à virus Ebola ne constitue pas seulement une crise sanitaire ; elle est également un puissant facteur de déstabilisation économique des ménages », a-t-il expliqué, estimant que les pertes de revenus, l’interruption des activités économiques et l’augmentation des dépenses de santé fragilisent durablement les familles.
Selon lui, toutes les populations ne disposent pas des mêmes capacités pour faire face aux conséquences économiques d’une épidémie.
Cette différence de capacité d’adaptation, qu’il qualifie de résilience asymétrique, explique pourquoi certains ménages parviennent à absorber le choc grâce à une épargne, à des revenus diversifiés ou à des réseaux de solidarité, tandis que d’autres sombrent rapidement dans une précarité plus profonde.
Les familles les plus exposées sont souvent contraintes de vendre leurs biens, de réduire leurs dépenses alimentaires, de retirer leurs enfants de l’école ou de renoncer à leurs activités génératrices de revenus afin de faire face aux coûts liés à la maladie.
Le professeur Rushigira a également mis en garde contre le phénomène de trappe à pauvreté sanitaire, un mécanisme économique dans lequel les dépenses médicales, la perte de revenus et les restrictions imposées pendant les épidémies alimentent un cercle vicieux de pauvreté.
« La pauvreté augmente la vulnérabilité aux crises sanitaires, tandis que les crises sanitaires renforcent à leur tour la pauvreté », a-t-il résumé.
Au-delà des ménages, l’épidémie affecte également le fonctionnement des marchés.
Les restrictions de circulation, les perturbations des chaînes d’approvisionnement, le ralentissement de la production et la baisse des échanges commerciaux provoquent des tensions sur les prix des produits essentiels, réduisent le pouvoir d’achat et accentuent l’insécurité alimentaire.
Pour l’économiste, ces effets démontrent qu’Ebola représente aussi une crise de développement.
Les pertes économiques engendrées par une épidémie peuvent ralentir les investissements, fragiliser les entreprises locales et compromettre les efforts de réduction de la pauvreté, bien après la fin de l’urgence sanitaire.
La conférence a également permis de croiser les approches de l’économie et de la santé publique.
Le Dr Kiza Mulambe, superviseur de l’Antenne du Programme Élargi de Vaccination (PEV) à Bukavu, est revenu sur les modes de transmission du virus, les mesures de prévention, les mécanismes de riposte ainsi que le rôle de la vaccination et de la sensibilisation communautaire dans la lutte contre Ebola.
Les échanges ont mis en évidence la nécessité d’intégrer les réponses sanitaires aux politiques économiques et sociales afin de mieux protéger les populations lors des futures épidémies.
Les intervenants ont plaidé pour le renforcement des systèmes de santé, des mécanismes de protection sociale et des dispositifs de soutien aux activités économiques des ménages les plus vulnérables.
AOrganisée sous le thème « Impact de l’épidémie d’Ebola sur l’économie et le bien-être social : enjeux de prévention et de résilience communautaire », cette conférence s’est déroulée dans une ambiance d’écoute soutenue et de forte participation.
Pour les organisateurs, la recherche universitaire doit contribuer à éclairer les politiques publiques face aux crises sanitaires, dont les conséquences dépassent largement le seul domaine médical pour toucher durablement le développement économique et le bien-être des populations.


























































