Les habitants de Bukavu, de Goma, de Beni, d’Uvira ou encore des territoires meurtris du Sud et du Nord-Kivu semblent condamnés à traverser toutes les tragédies possibles, comme si l’histoire refusait d’accorder un seul instant de répit à cette région martyrisée.
Hier, c’était le coronavirus. Une pandémie mondiale qui avait déjà fragilisé des économies pourtant solides ailleurs dans le monde.
Mais dans l’Est de la RDC, le Covid-19 n’était pas seulement une crise sanitaire : il était venu se greffer à une misère déjà enracinée. Les confinements avaient étouffé le petit commerce, les frontières avaient été verrouillées, les familles plongées dans une précarité brutale.
Beaucoup n’étaient pas morts du virus, mais de faim, de chômage ou d’abandon silencieux.
Aujourd’hui encore, les populations n’ont pas fini de panser les blessures laissées par cette période sombre qu’une autre réalité angoissante s’impose la fermeture répétée des banques à Bukavu et dans plusieurs agglomérations de l’Est.
Une situation qui paralyse l’économie locale, nourrit la panique et accentue la souffrance des citoyens déjà épuisés.
Derrière les rideaux métalliques baissés des institutions financières, ce sont des milliers de familles qui voient leurs économies devenir inaccessibles, des commerçants incapables de relancer leurs activités, des travailleurs privés de leurs salaires et des malades incapables de payer leurs soins.
Dans une région où l’argent liquide reste le principal moyen de survie, chaque fermeture bancaire ressemble à une strangulation économique. Le citoyen ordinaire devient prisonnier d’un système qui s’effondre sous ses yeux sans qu’aucune réponse rassurante ne lui soit véritablement donnée.
Et comme si cela ne suffisait pas, l’insécurité continue de régner avec une violence presque banalisée. Braquages, assassinats, kidnappings, cambriolages nocturnes, corps sans vie retrouvés au petit matin : la peur s’est installée dans le quotidien des habitants.
À Bukavu comme dans d’autres villes de l’Est, la nuit est devenue un territoire d’angoisse. Les familles dorment difficilement, les jeunes grandissent dans la psychose et les autorités peinent à rassurer une population qui a de plus en plus le sentiment d’être livrée à elle-même.
Pendant ce temps, les groupes armés poursuivent leurs exactions dans plusieurs territoires. Les déplacés s’entassent dans des conditions inhumaines, les enfants abandonnent l’école, les femmes subissent l’indicible et l’espoir s’effrite lentement dans les regards fatigués d’une population qui n’attend presque plus rien.
Et désormais, Ebola refait surface comme un spectre que l’on croyait éloigné. Ce virus mortel, qui a déjà endeuillé des milliers de familles congolaises, revient réveiller les traumatismes collectifs.
À chaque alerte sanitaire, c’est toute une région qui retient son souffle. Car ici, une épidémie n’est jamais simplement une question médicale : elle devient rapidement une crise humanitaire, économique et psychologique.
L’Est de la RDC semble ainsi condamné à vivre dans une succession permanente de catastrophes. Guerres, épidémies, pauvreté, déplacements massifs, effondrement économique, insécurité chronique : le peuple endure tout.
Il enterre ses morts, reconstruit ses maisons, reprend les marchés, rouvre les boutiques et continue d’avancer malgré tout.
Mais jusqu’à quand ?
Car un peuple ne peut pas éternellement survivre uniquement grâce au courage. La résilience, souvent célébrée dans les discours politiques et diplomatiques, ne doit pas devenir une excuse pour banaliser la souffrance humaine.
Derrière chaque statistique, il y a des vies brisées, des rêves détruits et une jeunesse qui grandit dans l’incertitude permanente.
L’Est du Congo ne demande pas la compassion du monde. Il réclame simplement ce qui devrait être normal pour toute nation : la sécurité, la stabilité, des institutions fortes, un système sanitaire fiable et le droit fondamental de vivre dignement.
À force de traverser toutes les crises possibles, les populations de l’Est donnent parfois l’impression d’avoir déjà tout vaincu : la guerre, les épidémies, la faim, la peur et même l’abandon.
Toutes les difficultés semblent avoir été franchies… sauf une : la mort elle-même, qui continue de planer comme une ombre persistante sur cette partie du pays.
Et pourtant, malgré tout, l’Est résiste encore. C’est peut-être cela, le plus grand paradoxe congolais.


























































