Dans une correspondance adressée au ministre de la Défense nationale et Anciens Combattants, le député provincial Amani Katembera Didier appelle à une intervention urgente pour mettre fin à ces pratiques qu’il juge incompatibles avec la mission de protection des populations et de défense du territoire.
Dans cette lettre dont copie a été transmise notamment au président de l’Assemblée nationale, au ministre de l’Intérieur, au chef d’état-major général des FARDC, au président de l’Assemblée provinciale du Sud-Kivu, au gouverneur de province, au commandant de la 33e région militaire, au commissaire provincial de la Police nationale congolaise et au responsable départemental de l’ANR à Uvira, l’élu dit avoir saisi à plusieurs reprises les autorités sur la situation.
Il rappelle notamment des correspondances datées des 10 et 22 juin 2026, restées, selon lui, sans amélioration significative sur le terrain.
Des axes routiers transformés en parcours d’obstacles
Selon le député provincial, la route nationale numéro 5 (RN5), entre Kamanyola, Uvira et Baraka, est aujourd’hui jalonnée de nombreuses barrières où les voyageurs seraient régulièrement contraints de verser de l’argent à chaque passage.
Amani Katembera évoque près d’une dizaine de barrières sur cet axe et dénonce des perceptions qui alourdissent directement le coût du transport et, par ricochet, celui des biens de première nécessité.
La situation ne serait pas circonscrite à la RN5
Sur l’axe Kasika-Kamituga, la multiplication des barrières est décrite dans la correspondance comme un véritable « calvaire » pour les populations, les commerçants, les transporteurs et les producteurs agricoles.
Des informations recueillies auprès des usagers, écrit encore l’élu, indiqueraient que ces postes de contrôle seraient principalement tenus par certains éléments des forces de défense locale, notamment les Wazalendo, ainsi que par quelques éléments incontrôlés des FARDC.
Le député prend toutefois soin de dissocier sa dénonciation de toute remise en cause du rôle des forces engagées dans la défense du territoire.
« La noble mission de défense nationale » ne saurait justifier les perceptions
Dans sa correspondance, Amani Katembera reconnaît le rôle patriotique joué par les forces de défense et les sacrifices consentis quotidiennement pour assurer l’intégrité territoriale de la République.
Mais, ajoute-t-il, la mission de défense nationale ne peut devenir le paravent de pratiques assimilées à des perceptions illicites, des intimidations ou des traitements dégradants envers des populations déjà durement éprouvées par les années de conflit.
Pour l’élu, ces barrières constituent désormais un obstacle majeur à la libre circulation des personnes et des biens. Elles renchérissent le transport, ralentissent les échanges commerciaux et aggravent, selon lui, la précarité économique des ménages.
Dans une province où les populations supportent déjà le poids des déplacements, de l’insécurité et de la fragilité des infrastructures, chaque paiement imposé au bord d’une route apparaît comme une ponction supplémentaire sur une économie familiale exsangue.
Un risque pour la confiance entre l’État et les populations
Amani Katembera estime également que la persistance de ces pratiques risque de compromettre les efforts engagés par les autorités pour restaurer l’autorité de l’État et rétablir la confiance entre les institutions publiques et les citoyens.
« Les populations civiles doivent percevoir concrètement la présence de l’État comme un facteur de protection et non comme une source supplémentaire de souffrance », soutient en substance le député dans sa correspondance.
Cette alerte intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu au Sud-Kivu, où la circulation des personnes et l’accès humanitaire restent fragiles dans plusieurs zones.
Des organisations de défense des droits humains ont également documenté les difficultés d’accès et les risques auxquels sont exposées les populations civiles dans certaines parties de la province.
Cinq mesures réclamées au ministre de la Défense
Face à cette situation, l’élu provincial sollicite l’implication personnelle du ministre de la Défense nationale et Anciens Combattants afin que des instructions fermes soient données aux responsables militaires compétents.
Il demande notamment le démantèlement immédiat des barrières illégales établies sur les axes Kamanyola-Uvira-Baraka et Kasika-Kamituga ; la fin définitive des perceptions illicites imposées aux usagers ; l’identification et la sanction, conformément à la loi, des auteurs de ces pratiques, quels que soient leur qualité ou leur appartenance ; le renforcement du contrôle hiérarchique et de la discipline au sein des unités déployées dans ces zones ; la garantie que les dispositifs de sécurité poursuivent exclusivement des objectifs de protection des populations et de défense du territoire national.
Pour Amani Katembera, une réponse rapide des autorités permettrait non seulement de soulager les populations du Sud-Kivu, mais aussi de restaurer la crédibilité des institutions chargées de la défense et de consolider l’autorité de l’État.
La question des barrières routières n’est toutefois pas nouvelle dans la province. Des organisations de la société civile avaient déjà documenté, sur plusieurs axes du Sud-Kivu, un nombre important de barrières assorties de perceptions variables imposées aux voyageurs et aux transporteurs.
Au-delà des chiffres et des postes de contrôle, c’est donc une question plus profonde que soulève cette correspondance : celle de la frontière entre sécurité et prédation, entre autorité et abus, entre la présence de l’État et le sentiment d’être abandonné par lui.
Dans une province meurtrie par les violences, la route devrait être un trait d’union entre les communautés et les marchés, non une succession de guichets improvisés où la pauvreté paie, encore et encore, le prix de son propre déplacement.


























































