Martin Fayulu a déclaré qu’« il n’y a pas une tribu Banyamulenge au Congo », estimant qu’il s’agit d’une communauté « issue du Rwanda ». Il a également soutenu que l’obtention de la nationalité congolaise ne suffirait pas, selon lui, à effacer une origine étrangère. Ces propos, largement relayés sur les réseaux sociaux, ont rapidement dépassé le cadre de la polémique politique pour raviver une question particulièrement sensible dans l’est du pays : celle de l’appartenance nationale des Banyamulenge.
La controverse intervient dans un contexte où la question de la congolité demeure étroitement liée aux tensions communautaires et sécuritaires qui traversent les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Elle fait également écho à une position déjà exprimée publiquement par le président Félix Tshisekedi. Le chef de l’État avait notamment affirmé que les Banyamulenge, au même titre que les autres Tutsis congolais, sont des citoyens de la République démocratique du Congo. Il avait également rappelé que certains membres de cette communauté avaient perdu la vie sous le drapeau national.
Cette position présidentielle avait été formulée comme un rejet des discours susceptibles d’établir une distinction entre Congolais sur la base de leur origine ethnique. Félix Tshisekedi avait alors assuré qu’aucune communauté ne devait être exclue de la communauté nationale en raison de son appartenance ethnique.
Les déclarations de Martin Fayulu suscitent depuis lors des réactions contrastées. Parmi celles relayées publiquement, Béatrice Gisaro estime que le discours de l’opposant rejoint, sur certains aspects, une lecture identitaire déjà défendue par Tito Rutaremara, figure historique du Front patriotique rwandais. Elle établit notamment un parallèle entre la présentation des Banyamulenge comme des « Banyarwanda du Congo » attribuée à Rutaremara et celle d’une communauté « issue du Rwanda » formulée par Fayulu. Pour elle, cette approche contribue à entretenir les controverses sur l’appartenance nationale des Banyamulenge et peut être instrumentalisée dans les récits politiques entourant le conflit dans l’est de la RDC.
Au-delà des divergences politiques, cette controverse rappelle la fragilité du débat sur l’identité nationale dans une région marquée depuis plusieurs décennies par les déplacements de populations, les conflits armés et les tensions entre communautés. La question de savoir qui est Congolais et sur quels critères cette appartenance doit être reconnue demeure ainsi au cœur des débats sur la paix et la cohésion nationale.
Dans l’est de la RDC, où le conflit impliquant l’AFC/M23 continue de peser sur les relations entre communautés et sur les rapports entre Kinshasa et Kigali, toute déclaration portant sur l’identité d’un groupe peut rapidement prendre une dimension politique et sécuritaire. La polémique née des propos de Martin Fayulu remet donc au premier plan une question ancienne, mais toujours explosive : comment construire une citoyenneté congolaise qui ne soit pas conditionnée par l’origine ethnique ?


























































