Costumes impeccables, poignées de mains interminables, sourires soigneusement calculés, promesses généreuses et discours enflammés : soudain, le peuple devient leur raison d’être. Les villages oubliés retrouvent une place dans leurs discours, les routes défoncées deviennent une priorité, les jeunes sans emploi une urgence, les victimes de violences une cause à défendre.
Durant quelques semaines, certains donnent l’impression que tout est possible.
Puis les urnes parlent. Et le rideau tombe. Ceux qui criaient hier deviennent parfois silencieux. Ceux qui promettaient de porter la voix du peuple semblent se perdre dans les couloirs du pouvoir.
Ceux qui dénonçaient les injustices deviennent, au mieux, spectateurs silencieux et, au pire, accusés par leurs propres électeurs de fermer les yeux sur des pratiques qu’ils condamnaient autrefois.
C’est précisément là que commence le véritable problème.
La politique ne devrait pas être un théâtre dans lequel le peuple n’est invité qu’au moment de distribuer les rôles.
L’Est de la République démocratique du Congo n’est pas un simple réservoir de voix. C’est une région qui paie depuis des décennies le prix lourd de l’insécurité, des déplacements forcés, de la pauvreté, du chômage, de la destruction des infrastructures et des crises politiques successives.
Dans un tel contexte, le silence des représentants du peuple ne peut être considéré comme une banalité.
Lorsqu’une population souffre, son élu ne devrait pas attendre la prochaine campagne pour réapparaître.
Lorsqu’une injustice est commise, il devrait pouvoir prendre position.
Lorsqu’un abus est dénoncé, il devrait demander des explications.
Lorsqu’une décision menace l’intérêt général, il devrait exercer son pouvoir de contrôle.
Et lorsqu’il n’a pas obtenu gain de cause, il devrait au moins avoir le courage de dire à ses électeurs : « Voilà ce que j’ai fait. Voilà ce que je n’ai pas pu faire. Voilà pourquoi. »
C’est cela, la redevabilité.
Le reste n’est que communication.
Le peuple n’est pas amnésique
Il faut cesser de croire que les citoyens oublient.
Ils n’oublient pas les promesses prononcées sur les places publiques. Ils n’oublient pas les discours tenus dans les églises, les marchés, les quartiers et les villages. Ils n’oublient pas les engagements pris devant les familles endeuillées, les jeunes désœuvrés et les communautés déplacées.
Ils observent. Ils comparent. Ils attendent.
Et lorsque vient l’heure des élections, ils peuvent décider de sanctionner ceux dont le bilan ne correspond plus aux promesses.
La démocratie ne consiste pas uniquement à déposer un bulletin dans une urne. Elle suppose également que les gouvernants acceptent d’être évalués par ceux qui leur ont confié leur voix.
Corruption : des accusations qui exigent des preuves, une exigence qui demeure
Il serait toutefois dangereux de transformer cet éditorial en tribunal public.
Traiter une personne de « corrompue » ou de « traître » comme s’il s’agissait d’un fait établi exige des éléments vérifiables, des enquêtes et, lorsqu’il y a lieu, des décisions judiciaires.
Mais cela ne doit pas servir de prétexte pour éviter le débat.
La question fondamentale demeure : comment garantir que ceux qui exercent le pouvoir restent responsables devant ceux qui le leur ont confié ?
La transparence, l’intégrité publique, le contrôle citoyen et la lutte contre la corruption ne sont pas des slogans électoraux. Ce sont des exigences démocratiques.
Et les citoyens ont le droit de demander des comptes.
À ceux qui se croient installés pour toujours
Il existe une dangereuse illusion en politique : celle de croire qu’un siège conquis est un siège définitivement acquis.
Erreur.
Les fonctions passent. Les coalitions changent. Les partis se transforment. Les rapports de force évoluent. Les électeurs vieillissent, les nouvelles générations arrivent et les consciences politiques se réveillent.
Personne n’est propriétaire du peuple.
Un élu peut disposer d’un mandat aujourd’hui et se retrouver simple citoyen demain.
Un parti peut être puissant aujourd’hui et marginal demain.
Une figure politique peut remplir les places publiques aujourd’hui et être oubliée demain.
Voilà pourquoi l’arrogance politique est toujours une mauvaise conseillère.
Le prochain scrutin sera peut-être le véritable bilan
La prochaine campagne électorale devrait donc être différente.
Il ne devrait plus suffire de demander aux citoyens : « Que voulez-vous que je fasse ? »
Ils devraient répondre :
« Qu’avez-vous déjà fait ? »
Il ne devrait plus suffire de promettre une route, une école, un hôpital ou la sécurité.
Il faudra expliquer ce qui a été obtenu, ce qui ne l’a pas été et pourquoi.
Il ne devrait plus suffire de brandir l’appartenance communautaire, régionale ou partisane.
Il faudra présenter un bilan.
Car le peuple de l’Est mérite mieux que des politiciens qui excellent dans l’art de parler pendant les campagnes et dans celui de se taire pendant les mandats.
Il mérite des représentants capables de rester debout lorsque la foule n’est plus là pour les applaudir.
La politique n’est pas une carrière d’impunité.
C’est un service public.
Et celui qui reçoit la confiance du peuple doit savoir qu’un jour, le même peuple lui demandera des comptes.
Les politiciens de l’Est ne sont pas éternels.
Leurs mandats ont une fin.
Leurs promesses ont une mémoire.
Et le peuple, lui, a le dernier mot.


























































