Selon l’analyste, l’une des principales particularités du dispositif annoncé réside dans la volonté de faire précéder les assises nationales de consultations provinciales. Le processus doit ainsi prendre en compte les réalités des 26 provinces avant une convergence vers Kinshasa.
Pour Christian Safari Baganda, cette démarche constitue une rupture avec les précédentes concertations essentiellement conduites depuis la capitale. Elle pourrait, estime-t-il, permettre aux populations et aux acteurs locaux de faire remonter leurs préoccupations au niveau national.
Un calendrier de trois mois
Autre élément relevé dans son analyse : la durée maximale de trois mois envisagée pour le processus. Christian Safari Baganda y voit une volonté d’éviter que les discussions politiques ne s’installent dans la durée sans déboucher sur des décisions concrètes.
Il estime toutefois que ce délai représente également un défi, compte tenu de l’ampleur de la consultation annoncée et de la nécessité de coordonner les travaux dans l’ensemble du pays.
Une distinction entre dialogue politique et processus de paix
La question de la participation de l’AFC/M23 figure également parmi les principaux enjeux soulevés par l’initiative présidentielle.
Le Fondateur et Modérateur de Voix du Peuple RDC souligne la distinction opérée par le chef de l’État entre le dialogue politique national et les mécanismes de négociation liés au conflit armé dans l’est du pays. Dans cette logique, les discussions nationales seraient consacrées aux questions politiques et institutionnelles internes, tandis que les négociations de paix se poursuivraient dans les cadres internationaux existants.
Celui-ci considère cette séparation comme un choix stratégique visant à éviter que le dialogue national ne se transforme en une nouvelle plateforme de négociation avec des groupes armés.
Le soutien américain mis en avant
Le lendemain du message présidentiel, le conseiller principal du président américain pour les affaires africaines, Massad Boulos, a salué l’initiative congolaise.
Pour Christian Safari Baganda, cette réaction américaine constitue un signal diplomatique important. Elle suggère, selon lui, que le processus national peut être envisagé comme complémentaire aux démarches diplomatiques engagées parallèlement pour tenter de résoudre la crise sécuritaire dans l’est de la RDC.
Il estime ainsi que Kinshasa cherche à mener simultanément deux démarches : favoriser une concertation à l’intérieur du pays et poursuivre les négociations destinées à traiter les dimensions régionales du conflit.
L’opposition appelle à la prudence
L’initiative présidentielle ne fait cependant pas l’unanimité au sein de la classe politique.
La coalition C64 a émis des réserves sur les modalités du processus. De son côté, la plateforme « Sauvons la RDC », proche de l’ancien président Joseph Kabila, a plaidé pour une médiation extérieure associant notamment l’Union africaine et les Nations unies.
Martin Fayulu a, pour sa part, avancé une formule différente, reposant notamment sur un format plus court et un rôle accru des confessions religieuses dans la médiation.
Ces différentes réactions témoignent, selon Christian Safari Baganda, des interrogations qui entourent encore la conception et la mise en œuvre du dialogue.
La crédibilité, principal test
Au-delà de l’annonce présidentielle, l’analyste identifie plusieurs conditions susceptibles de déterminer l’issue du processus.
La première concerne sa crédibilité. L’ouverture annoncée aux acteurs politiques, à la société civile, aux autorités coutumières, aux milieux économiques et universitaires devra, selon lui, se traduire par une participation effectivement pluraliste.
La deuxième porte sur l’organisation pratique. Mener des consultations dans 26 provinces en trois mois nécessitera une préparation logistique et institutionnelle importante.
Enfin, l’articulation avec les processus de paix menés à l’extérieur du pays constituera un autre enjeu. Pour Christian Safari Baganda, le dialogue national devra éviter de concurrencer les démarches de Washington et de Doha et plutôt contribuer à créer les conditions politiques nécessaires à leur aboutissement.
Un pari politique qui reste à concrétiser
Dans son analyse, Christian Safari Baganda présente finalement le dialogue annoncé comme une opportunité, tout en reconnaissant que sa réussite dépendra moins de l’annonce elle-même que de sa mise en œuvre.
La participation effective des différentes composantes de la société congolaise, la transparence des consultations et la capacité des acteurs à transformer les échanges en décisions concrètes seront, selon lui, déterminantes.
Alors que les réactions politiques se poursuivent, le véritable test du projet présidentiel sera donc sa capacité à dépasser les clivages partisans et à produire des résultats acceptables par une large partie de la société congolaise.
Pour Christian Safari Baganda, le choix du dialogue ouvre une nouvelle séquence politique. Mais cette séquence ne pourra s’inscrire durablement dans l’histoire du pays qu’à la condition que la parole donnée aux Congolais dans les provinces soit effectivement prise en compte dans les décisions nationales.


























































