Dans cette déclaration, Denis Mukwege affirme que le 2 août constitue un moment de recueillement pour honorer la mémoire des femmes, des hommes et des enfants tués ou affectés par les conflits armés qui déchirent particulièrement l’Est de la RDC depuis la fin des années 1990. Il salue également les survivants, les personnes déplacées, les victimes de violences sexuelles ainsi que les familles endeuillées.
Le médecin congolais considère que la reconnaissance officielle du « Génocost » représente une avancée importante dans le devoir de mémoire. Toutefois, souligne-t-il, cette reconnaissance ne prendra pleinement son sens que si elle s’accompagne d’engagements concrets en faveur de la vérité, de la justice, des réparations et de garanties empêchant la répétition des atrocités.
Un conflit nourri par les ressources naturelles
Le Prix Nobel revient sur les causes profondes de la crise congolaise. Selon lui, de nombreux rapports internationaux, notamment ceux des Nations unies, établissent un lien entre les conflits armés, l’exploitation illicite des ressources naturelles et les interventions d’acteurs étrangers.
Il estime que plusieurs minerais stratégiques, notamment le cobalt, le coltan, l’or, la cassitérite et le tungstène, alimentent des industries mondiales essentielles, tandis que les populations congolaises continuent d’en payer un lourd tribut humain.
Appel à mettre fin à l’impunité
Denis Mukwege évoque également les massacres perpétrés dans plusieurs territoires de l’Est du pays, notamment ceux attribués aux ADF dans les régions de Beni et de Mambasa. Il appelle les autorités congolaises et la communauté internationale à ne plus rester passives face aux crimes de masse et à combattre résolument l’impunité.
Il plaide pour la mise en œuvre d’une véritable justice transitionnelle comprenant des poursuites judiciaires, la recherche de la vérité, des réparations pour les victimes ainsi que des réformes institutionnelles. Il renouvelle également son soutien à la création d’un tribunal pénal spécial pour la RDC et de chambres spécialisées capables de juger les auteurs des crimes les plus graves.
La mémoire comme politique publique
Dans son message, Denis Mukwege invite l’État congolais à faire de la mémoire une véritable politique publique. Il propose notamment la création d’un mémorial national à Kinshasa ainsi que de monuments et lieux de mémoire dans les provinces durement touchées par les conflits.
Selon lui, ces espaces permettraient de préserver les preuves des violences, de transmettre l’histoire aux jeunes générations et de promouvoir une culture de paix fondée sur le principe du « Plus jamais ça ».
Un plaidoyer pour une gouvernance responsable
Le lauréat du Prix Nobel estime également que les responsabilités internes ne peuvent être ignorées. Il évoque les effets de la corruption, de la mauvaise gouvernance, de l’affaiblissement des institutions et du pillage des ressources nationales, qu’il considère comme des facteurs ayant aggravé les agressions extérieures.
Il appelle en outre à renforcer la traçabilité des minerais stratégiques, à lutter contre les circuits illicites d’exploitation et de contrebande et à favoriser leur transformation locale afin que les richesses du pays bénéficient enfin aux populations congolaises.
Un appel à la paix et à la souveraineté
En conclusion, Denis Mukwege affirme que les Congolaises et les Congolais ne réclament ni compassion ni charité, mais le respect de leur souveraineté, de leurs droits fondamentaux et du droit international.
Pour lui, la mémoire n’a de valeur que si elle conduit à l’action. Il appelle à transformer les minerais de conflit en minerais de paix, l’impunité en justice, la prédation en gouvernance responsable et la souffrance en espérance, estimant que c’est à cette condition que la République démocratique du Congo pourra restaurer durablement la paix, la justice, la dignité de ses citoyens et la maîtrise de son destin.


























































