Dans un plaidoyer rendu public le 20 juin, le Parlement Citoyen pour la Démocratie et la Bonne Gouvernance – Baraza la Raiya (PCDBG-BR) dénonce ce qu’il qualifie de « catastrophe environnementale silencieuse » et interpelle les autorités provinciales ainsi que les services compétents.
Selon cette organisation de défense des droits humains, d’importantes quantités d’ordures en provenance de Bukavu seraient régulièrement déversées dans cette zone rurale, à proximité des habitations, des champs et des sources d’eau utilisées par les communautés locales.
Une population exposée à des nuisances croissantes
Sur place, les habitants décrivent un quotidien de plus en plus difficile. Les odeurs pestilentielles dégagées par l’accumulation des déchets auraient envahi l’environnement immédiat, tandis que la prolifération des mouches, moustiques et autres vecteurs de maladies suscite de vives inquiétudes.
À chaque épisode pluvieux, expliquent plusieurs riverains, les eaux de ruissellement charrient des détritus vers les terres agricoles et les zones habitées, accentuant les risques de contamination des sols et des ressources hydriques.
Plus préoccupant encore, des enfants et des femmes sont régulièrement aperçus sur le site à la recherche d’objets récupérables: bouteilles, bassins, bidons ou ustensiles divers dans des conditions sanitaires jugées extrêmement précaires.
« Les populations locales se retrouvent en première ligne face à des dangers qu’elles n’ont ni créés ni choisis », souligne le document du PCDBG-BR.
Santé publique : une menace sous-estimée
Pour l’organisation citoyenne, la situation dépasse largement le cadre d’une simple question d’assainissement. Elle constituerait un véritable enjeu de santé publique.
Les experts alertent notamment sur les risques d’apparition ou de recrudescence de maladies hydriques telles que le choléra, la fièvre typhoïde, la dysenterie et diverses infections diarrhéiques. À cela s’ajoutent les affections respiratoires pouvant résulter de l’inhalation prolongée des gaz issus de la décomposition des déchets, ainsi que les maladies dermatologiques liées au contact direct avec les immondices.
L’éventuelle présence de déchets dangereux ou d’objets tranchants dans les amas d’ordures constitue également une source supplémentaire de préoccupation.
Une question de droits fondamentaux
Au-delà des considérations sanitaires, le PCDBG-BR estime que cette situation soulève une problématique majeure de respect des droits humains.
L’organisation rappelle que le droit à un environnement sain figure parmi les garanties reconnues par la Constitution congolaise ainsi que par plusieurs instruments juridiques internationaux. Dès lors, exposer durablement des communautés rurales aux conséquences d’une gestion défaillante des déchets urbains reviendrait à compromettre leur droit à la santé, à la sécurité et à la dignité.
« Aucun projet de développement urbain ne devrait se construire au prix de la dégradation du cadre de vie des populations rurales », martèle l’organisation.
Des interrogations sur le dispositif de gestion
Le plaidoyer met également en lumière plusieurs zones d’ombre concernant le fonctionnement du site de Kashungurhi.
L’organisation s’interroge notamment sur l’existence d’études d’impact environnemental, sur les mécanismes de contrôle des lixiviats, ces liquides hautement polluants issus de la décomposition des déchets, ainsi que sur les mesures destinées à protéger les communautés riveraines.
Le manque d’information des populations concernées et l’absence apparente d’un encadrement technique rigoureux sont également pointés du doigt.
Les autorités appelées à agir
Face à l’ampleur des préoccupations soulevées, le PCDBG-BR recommande la réalisation d’une évaluation environnementale indépendante et urgente du site.
L’organisation plaide également pour une réforme en profondeur du système de gestion des déchets à Bukavu, incluant le tri à la source, le recyclage, le traitement moderne des déchets solides et la mise en place d’infrastructures conformes aux normes environnementales.
Les autorités provinciales sont invitées à élaborer un véritable plan de gestion durable des déchets, tandis que les services spécialisés sont appelés à renforcer la surveillance sanitaire et environnementale dans les zones affectées.
Un signal d’alarme pour l’avenir
Alors que Bukavu continue de faire face à une croissance démographique soutenue et à des défis croissants en matière d’assainissement, le dossier de Kashungurhi remet au centre du débat la question de la gouvernance environnementale dans la province du Sud-Kivu.
Pour les défenseurs de l’environnement, l’enjeu dépasse désormais le seul cadre local. Il s’agit de savoir comment concilier les impératifs de gestion urbaine avec la protection des populations rurales, des ressources naturelles et des générations futures.
À Kashungurhi, les habitants attendent désormais que les alertes répétées se traduisent par des mesures concrètes. Car derrière les montagnes d’ordures dénoncées, c’est toute la question de la justice environnementale qui se trouve aujourd’hui posée.


























































