Le texte, présenté par le Togo au nom du Groupe africain, a recueilli 164 voix favorables, contre une seule opposition, celle des États-Unis, tandis que six pays se sont abstenus. L’initiative avait été inscrite à l’ordre du jour de la 114ᵉ séance plénière de l’Assemblée générale.
Derrière cette démarche se trouve une question apparemment technique, mais dont les promoteurs soulignent la portée éducative et symbolique : la manière dont les planisphères représentent les continents peut modifier la perception de leurs dimensions respectives.
Une remise en question de la projection de Mercator
Le débat porte notamment sur la projection de Mercator, élaborée au XVIᵉ siècle pour faciliter la navigation maritime. Cette méthode de représentation de la Terre sur une surface plane entraîne des déformations croissantes à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur.
L’Afrique, située en grande partie dans les zones tropicales, apparaît ainsi visuellement beaucoup moins étendue qu’elle ne l’est réellement. À l’inverse, les territoires proches des pôles sont représentés avec une superficie nettement amplifiée.
Pour les promoteurs de « Correct the Map », il ne s’agit donc pas de modifier les frontières des États, mais d’encourager l’utilisation de projections cartographiques capables de mieux respecter les superficies réelles, notamment dans les domaines de l’éducation, de l’édition et des outils numériques.
Le projet présenté devant l’ONU appelle ainsi les institutions internationales, les systèmes éducatifs, les éditeurs et les plateformes numériques à promouvoir progressivement des représentations plus fidèles de la surface terrestre.
Le Togo revendique une portée éducative et culturelle
À New York, le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a défendu une approche dépassant la seule question cartographique.
Selon le chef de la diplomatie togolaise, les cartes ne sont pas de simples instruments techniques : elles participent à la formation des représentations collectives et influencent la manière dont les sociétés appréhendent leur environnement et le monde.
L’initiative entend ainsi remettre en question une représentation longtemps considérée comme allant de soi et favoriser des supports cartographiques davantage conformes aux données géographiques.
Le Togo avait auparavant mobilisé le Groupe africain autour de ce projet, présenté comme une démarche collective visant à rééquilibrer la représentation visuelle des différentes régions du globe. Le document A/80/L.104 porte officiellement sur le « rééquilibrage de la représentation cartographique mondiale » et la promotion d’une représentation équitable des régions du monde, particulièrement de l’Afrique.
L’Union africaine salue une étape importante
Dans la foulée du vote, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a salué l’adoption du texte et rendu hommage au rôle joué par le Togo dans la conduite de cette initiative.
Dans un communiqué publié vendredi, l’Union africaine souligne que la projection de Mercator, conçue à l’origine pour la navigation, ne permet pas de restituer correctement les rapports de superficie entre les différentes régions du monde et sous-estime notamment l’étendue réelle du continent africain.
L’organisation continentale félicite également les États membres de l’Union africaine et le Groupe africain à New York pour leur mobilisation autour du projet.
Pour l’UA, l’enjeu dépasse donc la cartographie. Il touche également à la façon dont l’Afrique est enseignée, représentée dans les médias et visualisée sur les plateformes numériques.
Une résolution à portée surtout incitative
L’adoption de « Correct the Map » ne signifie toutefois pas que l’ensemble des cartes du monde utilisées à travers la planète devront immédiatement être remplacées.
La résolution vise avant tout à encourager une évolution des pratiques cartographiques vers des projections représentant plus fidèlement les superficies. Sa mise en œuvre dépendra notamment de l’adoption volontaire de ces représentations par les institutions, les éditeurs, les établissements scolaires et les acteurs du numérique.
L’Union africaine annonce, pour sa part, vouloir poursuivre son travail avec le Togo, les États membres et les partenaires concernés afin d’accompagner cette évolution.
Avec ce vote, une question longtemps cantonnée aux débats des cartographes entre désormais dans l’arène diplomatique internationale : comment représenter le monde sans que les choix techniques de la carte ne donnent une image disproportionnée de certaines régions au détriment d’autres ?
Pour les promoteurs de « Correct the Map », la réponse passe désormais par une représentation cartographique plus fidèle aux réalités géographiques.


























































